Cystite récidivante : comment une problématique "simple"

Cystite récidivante : comment une problématique “simple” devient chronique ?

Salut la Compagnie!
Vous l’aurez sans doute noté à vos dépends (et je sais de quoi je parle), les douleurs et autres joyeusetés qui accompagnent la cystite [et compagnie] ont souvent tendance à s’aggraver au fil du temps. Et pendant que l’intensité de vos symptômes augmente à chaque crise, le laps de temps qui sépare chaque cystite aigue se réduit, c’est-à-dire que la maladie devient “récidivante”.
L’ensemble “aggravation + rapprochement des crises” s’appelle chronicisation.
Mais alors, par quel tour de passe-passe peut basculer une personne “saine” d’une situation de cystites épisodiques (1 à 2 par an) à celle de cystites récidivantes (plus de 4 par an), puis très récidivante (plus de 10 par an) et, pour finir, dans les cas les plus extrêmes à une situation compliquée genre cystite interstitielle? Essayons d’y voir plus clair 😉

Cystite bactérienne : d’où viennent les symptômes ?
La cystite bactérienne est une pathologie à priori “simple” (mais pas tant que ça hein 😉 ) qui correspond à: un esemble de symptômes en réaction à la présence dans la vessie de colonies bactériennes pathogènes (ouf!).
Ces bactéries pathogènes (la plus célèbre étant Escherichia coli) ont comme point commun une morphologie typique composée de (merci à Mary pour son infographie!):

Du coup, la paroi de la vessie est attaquée, piquée, griffée, éraflée… à chaque « ancrage » bactérien ce qui entraine rapidement une irritation de la paroi (un peu comme des mini-plaies). Pour illustrer encore mieux ce mécanisme on peut comparer une infection urinaire à des millions d’aiguilles « piquant » la peau. Et ces agressions répétées, encore et encore entraînent inévitablement une inflammation de la muqueuse => nous avons donc le “coupable” à l’origine de la symptomatologie.
Alors forcément on comprend mieux pourquoi lors des premières crises de cystite (pour moi ça s’est étallé sur deux / trois ans mais des fois c’est beaucoup plus long ou plus court) la douleur n’apparait que lorsque la charge bactérienne rejoint un niveau important (plus de 10^4 UFC par ml).
Alors, si on se résume, on vient de comprendre quelle est l’origine des douleurs vésicales (vessie lourde, mal au ventre) et d’une partie des douleurs urétrales, reste à éclaircir pourquoi la cystite oblige à courir faire pipi toutes les cinq minutes.
Bon, vous avez une cystite et votre vessie est en train de morfler à cause des bactéries, l’irritation devient une inflammation qui entraine la production de “médiateurs” de l’inflammation (les substances chimiques qui transmettent au cerveau le message “douleur”).
Mais en plus de la présence des bactéries pathogènes, certains facteurs externes stimulent la production de ces messagers. En premier lieu, le contact urothélium / urines. En effet, comme l’urine est physiologiquement acide, son contact avec une muqueuse vésicale abimée cause une irritation supplémentaire (je compare souvent cela à verser du jus de citron sur un aphte ! aïe aïe aïe).
Du coup, la présence de l’urine dans la vessie (même si c’est normal, qu’on ne peut rien y faire et qu’il ne faut surtout pas essayer de l’empêcher en buvant moins!) va non seulement augmenter la douleur mais aussi provoquer une réponse défensive réflexe de la part de l’organisme pour éliminer, le plus vite possible, “l’agresseur” => faire pipi pour expulser l’urine. Voilà donc pourquoi, en cas de cystite bactérienne aigue, les mictions sont impérieuses et rapprochées. C’est le corps qui se défend contre les agressions supplémentaires.
Ah oui et puis il faut aussi dire que la production de nitrites par la plupart des bactéries uropathogènes joue aussi en faveur d’une acidification du pH urinaire, juste histoire d’aggraver encore un peu les choses quoi.
Bref, tout ça pour dire que oui oui oui, en cas de crise aigue il faut absolument alcaliniser les urines.
Re-re-résumant, la douleur et les brûlures mictionnelles (ou, pour ceux qui connaissent cette impression de faire pipi des “lames de rasoirs”) s’expliquent par :

  • L’inflammation de l’urothélium urétral à cause de l’adhésion des germes uropathogènes
  • Le passage répété d’urine acide sur la muqueuse
  • Une composition différente entre urothélium vésical (plus épais) et urothélium urétral (plus fin) donnant lieu à une sensibilité majorée de l’urètre
  • Des facteurs exogènes pouvant amplifier les dommages de l’urothélium : frottements causés par les vêtements (coupe et matière), la posture (ex : jambes croisées), le papier toilette (matière et technique d’essuyage), les rapports sexuels…

Un traitement qui aggrave la douleur !
Ah oui, nos chers antibiotiques! Alors c’est vrai, lorsque la cystite est dite « ponctuelle » (moins de 4 épisodes par an), les recommandations urologiques conseillent l’emploi d’antibiotiques à large spectre en monodose prescrits à l’aveugle (on ne voit pas du tout de quoi je parle hein? lol !).
Leurs effets secondaires “à gogo” ont déjà été expliqués ici, mais cette image est un super résumé du “joli” cercle vicieux que toute “cystiteuse” qui se respecte connait bien (encore une fois merci Mary) :

Si le dessin n’est pas assez clair, je précise qu’on voit très bien que l’antibiotique contribue à alimenter la symptomatologie douloureuse et les récidives (un comble).
En plus, l’action même de l’antibiotique cause une agression (encore!) pour la vessie puisqu’un antibiotique agit comme un bactéricide. Ce qui signifie qu’il va lyser (“faire exploser”) les bactéries. Cette destruction du « corps » des bactéries entraine une libération de leur contenu dans la vessie (qui gicle sur les parois genre film d’ horreur), et notamment des substances qui vont agir comme des toxines et provoquer à nouveau une irritation de la paroi.
Bon, en compensation, les bactéries sont tuées et donc la charge bactérienne diminue vitesse grand V. Du coup, l’effet “pro-inflammatoire” de l’antibiotique est très peu perçu lorsque la cystite n’est pas encore récidivante. Par contre, il est beaucoup plus aggravant lorsque la cystite (et les prises antibiotiques qui l’accompagnent) est chronique ou lorsque l’on suit une antibiothérapie prophylactique.

Cystite récidivantes : quand la machine s’emballe
Alors avec tout ce blabla je pense que ça devient un peu plus simple de comprendre comment une pathologie aigue à priori banale et réversible peut très vite s’aggraver et se chroniciser en vous pourrissant bien la vie au passage :

  • La présence bactérienne chronique et/ou persistante dans la vessie entretient les irritations urothéliales causées par les lectines
  • La prise, souvent suggérée à tort, de canneberge, maintient un pH urinaire favorable à l’inflammation
  • Les antibiotiques “à gogo” augmentent les irritations à la muqueuse et, réduisant les défenses physiologiques constituées par les flores, exposent de façon plus importante aux irritations et agressions bactériennes, fongiques ou inflammatoires
  • Pour ne même pas parler des autres thérapies genre instillations et des examens en tout genre où on vous fourre une sonde dans l’urètre (souvent pour rien vu qu’on vous préscrira de toute façon l’antibiotique grrr)
  • L’urothélium se fragilise, devient plus sensible à de simples écarts de régime ou d’hydratation

Ce dernier point, la “qualité” de la paroi vésicale, est super important et souvent négligé alors que c’est un paramètre “clé” en cas de cystite récidivante et de crises liée aux hormones. Deux petits mots d’explication du coup (je ne peux pas m’en empêcher) :
La couche supérieure de l’urothélium, constituée principalement de GlycosAminoGlycanes (GAG), va progressivement “s’éroder” au cours d’un épisode aigu. Cette « abrasion » est très modérée et chez un sujet sain, en l’absence de récidive, la muqueuse se reconstitue et retrouve son intégrité physiologique initiale en quelques jours.
En revanche, les microlésions pourraient ne se résorber pas dans les situations suivantes :

  • Persistance de l’infection
  • Formation d’un biofilm
  • Alimentation inadaptée (trop acidifiante) ou carencée (manque d’éléments constitutifs des GAG)
  • Récidives
  • Mycoses vaginales
  • Dysbiose digestive
  • Altération de certaines terminaisons nerveuses (le plus souvent au niveau du trigone vésical ou de l’urètre) => neuropathie

Ça parait donc plutôt “logique” que la vessie se “fatigue” de plus en plus vite au fur et à mesure que la cystite [et compagnie] gagne du terrain. L’urothélim se fragilise => sa fragilité le rend plus vulnérable => sa vulnérabilité favorise les agressions et les attaques bactériennes. Bref, un vrai cercle vicieux qui conduit bien progressivement vers :

  • Une épaisseur urothéliale réduite
  • Des cystites bactériennes plus fréquentes, plus douloureuses et difficiles à combattre
  • Des épisodes aigus de cystites abactériennes = strictement inflammatoires mais identiques à une infection urinaire (portant donc même parfois à un traitement antibiotique inapproprié) d’où l’importance de bien gérer chaque crise de cystite avec ECBU et tout le toutim les amis !
  • Des douleurs ou gênes quasi permanentes alternant entre phases latentes et phases aigus
  • Une chronicisation de la douleur qui peut devenir autonome (neurologique et plus nociceptive)

Mary (à qui j’ai volé une grande partie de ce texte hihihi) concluait comme ça :
Il faut insister sur le fait que l’augmentation des dommages fait à la muqueuse vésicale et urétrale et donc des douleurs consécutives est rarement due au hasard de la prédisposition génétique, mais bien à l’impact négatif direct et indirect de certaines démarches thérapeutiques et comportements pseudo-guérisseurs.
Il convient donc de souligner l’importance de suivre des mesures préventives et curatives efficaces et dont l’innocuité est avérée telles que :

  • Un soin tout particulier porté à l’évaluation de la pertinence de la thérapie antibiotique
  • Un choix scrupuleux de l’antibiotique (nature et posologie) sur la base de l’antibiogramme
  • Un accompagnement de la prise antibiotique par des probiotiques
  • Une hydratation et vidange vésicale correctes et régulières tout le temps
  • Une alcalinisation du pH urinaire durant toute la phase symptomatologique de la cystite et étendue au mois qui suit
  • Une prise de D-Mannose associé à un alcalinisant et un anti-inflammatoire (Ausilium) durant toute la phase aigüe et prolongée de manière préventive pendant une période successive allant de 1 à 6 mois selon les situations
  • Un complémentation par des principes actifs favorisant la réépithélisation de l’urothélium (Cistiquer) dès le moment où la symptomatologie douloureuse existe indépendamment de l’infection urinaire

Pour plus d’informations, consultez cette vidéo :

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